Le football, la nouvelle mine d’or de Wall Street

Les fonds d’investissement s’enrichissent désormais en prêtant aux clubs de football pour financer leurs transferts.

Le football, industrie spéculative par excellence, mobilise des ressources considérables. Les clubs européens rivalisent ainsi d’investissements massifs pour s’offrir les meilleurs talents durant le mercato, ce marché des transferts où un seul joueur peut coûter plus de 100 millions d’euros.

À cet effet, le record cet été est jusqu’à présent détenu par l’international allemand Florian Wirtz, transféré du Bayer Leverkusen à Liverpool contre la somme de 125 millions d’euros, d’après les données du site spécialisé Transfermarkt.

Pour ce milieu de terrain qui a signé un contrat de cinq ans, le paiement de l’opération s’échelonnera sur cette durée par Liverpool, comme c’est habituellement le cas dans le milieu. Mais si les Reds, champions de Premier League (PL) – le championnat d’élite d’Angleterre – en titre, peuvent se le permettre, tel n’est pas le cas des clubs plus modestes.

Pour ces derniers, les géants de la finance privée, à l’instar des banques d’investissement, se révèlent salvateurs. Des groupes comme Apollo Global Management et Blackstone, voient à travers les contrats de transfert de véritables actifs financiers susceptibles de générer des flux de trésorerie prévisibles sur plusieurs années.

L’art de la finance créative

Concrètement, ces acteurs de Wall Street accordent des prêts aux clubs dans le besoin en prenant comme garantie les créances de transferts futurs, moyennant le paiement d’intérêts.

Selon Bloomberg, Nottingham Forest, club de Premier League, a ainsi obtenu un prêt de 28 millions de livres sterling à 8,2% de Macquarie Group en 2023, garanti par les revenus futurs de la vente de Brennan Johnson, transféré à Tottenham pour 55 millions d’euros. Leicester City a conclu un accord similaire pour la cession d’Harvey Barnes à Newcastle United.

Cette financiarisation permet aux clubs vendeurs d’arbitrer entre la solidité financière de l’acheteur et leur propre notation de crédit. Comme l’explique Sasha Ryazantsev, conseiller de Burnley Football Club, à Bloomberg : « Le club vendeur peut tirer parti de la meilleure notation de crédit d’un club du top 6, ce qui conduit à un coût de financement inférieur à son propre coût. »

La ruée vers l’or des terrains de football

« Nous pensons que cela représente un rapport risque-rendement convaincant. Le monde du sport semble attirer de plus en plus d’argent en permanence« , explique Tristram Leach, responsable du crédit européen chez Apollo, cité par le quotidien américain.

L’attrait de cette nouvelle classe d’actifs s’explique par plusieurs facteurs convergents. D’une part, le ralentissement de l’activité traditionnelle de prêt direct des fonds de crédit privés, après des années de croissance effrénée, pousse ces institutions à diversifier leurs investissements vers le financement adossé à des actifs.

D’autre part, les créances de transfert présentent des caractéristiques particulièrement séduisantes pour les prêteurs. Les régulateurs du football mondial, FIFA et UEFA, renforcent involontairement l’attractivité de ces créances en sanctionnant sévèrement les clubs qui ne respectent pas leurs obligations de transfert.

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