Dix-huit mois après l’arrivée d’Elliot Hill à sa tête, Nike continue de décevoir Wall Street. Revenus en berne, marchés clés sous pression… le tableau est sombre pour le leader mondial de l’équipement sportif.
« J’en ai tellement marre, et je sais que vous aussi, de parler de la façon de réparer cette entreprise ». En marge d’une réunion avec les employés, mardi 31 mars 2026, le PDG de Nike, Elliot Hill, a laissé éclater, selon des propos rapportés par Bloomberg, sa lassitude face à de nouveaux résultats financiers décevants.
De fait, les actions ont chuté jusqu’à 13 % peu après l’ouverture des échanges mercredi, atteignant leur plus bas niveau en séance depuis plus de 11 ans. La société a informé les investisseurs que les revenus devraient diminuer au cours du trimestre en cours et resteront en baisse pour le reste de l’année civile.
De quoi assombrir l’atmosphère interne. La situation apparaît d’autant plus préoccupante que les difficultés du groupe ne se limitent pas à un seul point faible ; elles s’étendent simultanément sur plusieurs zones géographiques et catégories de produits, rendant d’autant plus complexe le redressement global.
Une combinaison de fragilités
En Europe, au Moyen-Orient et en Afrique (EMEA), l’accumulation de stocks et les perturbations logistiques liées aux tensions régionales ont effacé une partie des progrès réalisés en Amérique du Nord et dans la branche running, deux segments jusque-là plus dynamiques.
La division Grande Chine a signé un léger rebond, supérieur aux prévisions, mais les signaux fondamentaux restent préoccupants. Outre le problème chronique de surstocks qui a longtemps alourdi les comptes, le groupe de l’Oregon fait face à un double défi : une demande intérieure encore morose depuis la fin de la période Covid, et une concurrence locale de plus en plus offensive menée par des marques chinoises.
À l’instar d’Anta ou de Li-Ning, celles-ci ont su capitaliser sur un sentiment national favorable pour grignoter des parts de marché significatives au détriment de l’entreprise américaine.
Elliot Hill et le défi de la réinvention
Mais c’est sans doute Converse qui incarne le mieux les tensions internes du groupe. La marque à l’étoile, acquise par Nike en 2003 pour 305 millions de dollars, traverse sa période la plus critique depuis quinze ans.
Ses ventes ont plongé bien plus qu’attendu, illustrant la difficulté persistante à élargir son catalogue au-delà du légendaire Chuck Taylor. Les tentatives de redonner à la marque une légitimité sportive, notamment par le biais du basketball, n’ont pour l’heure produit aucun effet concret.
Dans ce climat, la capacité d’Elliot Hill à relancer la dynamique interroge. Celui qui a fait de la reconquête du sport son premier axe stratégique voit l’action Nike reculer de plus de 35% en Bourse depuis sa prise de fonctions, selon Bloomberg.
« Je veux passer de la réparation à la reconstruction. Je veux remettre au cœur de notre mission l’inspiration, la croissance et le plaisir », a-t-il déclaré devant ses équipes. Le défi s’annonce titanesque.
