Le géant bancaire suisse se retrouve avec une montagne d’œuvres d’art pratiquement ingérable, suite au rachat de son rival Credit Suisse en 2023.
C’est ce qu’on pourrait qualifier d’héritage encombrant. En rachetant Credit Suisse il y a deux ans, UBS ne se doutait pas qu’elle allait au-devant d’un problème d’un ordre bien particulier : la gestion des plus de 13 500 œuvres d’art de la structure nouvellement acquise.
À l’instar des plus prestigieuses institutions financières à travers le monde, Credit Suisse disposait en effet d’une collection de pièces artistiques, dont des tableaux, des maquettes et autres toiles, accumulées au fil des années et utilisées dans plusieurs contextes différents.
Ces créations peuvent servir à la décoration de leurs bureaux, à des donations muséales, à la séduction des clients fortunés ou encore comme garantie pour des prêts. Ce sont autant de trésors qui ont fait grimper la collection totale d’UBS à plus de 40 000 pièces.
Soit une valeur estimée à plusieurs centaines de millions de dollars, d’après le Wall Street Journal (WSJ). Problème : intégrer tout ce patrimoine artistique se révèle désormais être un véritable casse-tête pour UBS. Et cela pour plusieurs raisons.
Une fusion culturelle délicate
La première difficulté majeure a été d’identifier l’ensemble des œuvres concernées. Selon le WSJ, la base de données de Credit Suisse utilisait un logiciel différent – principalement en allemand – et comportait d’importantes lacunes.
« Il y a encore des œuvres qui seront découvertes quelque part, dans un placard à Shanghai ou ailleurs« , confie ainsi Mary Rozell, directrice mondiale de la collection d’art d’UBS, chargée de ce travail délicat, au journal américain. L’avocate et historienne de l’art décrit son quotidien comme n’ayant « jamais un moment d’ennui ».
Tandis que Credit Suisse privilégiait les artistes suisses locaux, UBS adopte une vision plus internationale. Il s’agit de deux collections présentant des approches radicalement différentes. De quoi en rajouter à la complexité de l’affaire.
Cette divergence stylistique explique en partie pourquoi une seule œuvre provenant de l’ancienne collection de Credit Suisse est exposée au siège new-yorkais d’UBS à Midtown Manhattan à ce jour, à en croire le Wall Street Journal.
Défis logistiques et décisions difficiles
L’équipe artistique d’UBS a par ailleurs rapidement épuisé l’espace disponible dans ses entrepôts professionnels à New York, Londres et Zurich. Certaines œuvres moins précieuses ont dû être entreposées dans des pièces supplémentaires au sein même des bureaux de la banque, avec la climatisation poussée au maximum pour les protéger.
La banque a même dû céder certaines des œuvres à ses employés. Une initiative qui a rencontré un franc succès. « Il y a une photo d’un gars avec environ huit tableaux sous le bras. On voyait bien qu’il décorait tout son appartement de célibataire d’un seul coup« , raconte Rozell.
Comble de l’ironie, plus d’une douzaine d’œuvres que UBS avait vendues par le passé se sont retrouvées de nouveau dans sa collection après avoir été achetées entre-temps par… Credit Suisse.