Au procès contre OpenAI, Musk à l’offensive

Pendant trois jours cette semaine, le patron de Tesla et SpaceX a témoigné dans un tribunal californien contre l’organisation qu’il a cofondée, réclamant 150 milliards de dollars et l’éviction de patron, Sam Altman. Une audience tendue qui cache de nombreux enjeux dans la course à l’intelligence artificielle mondiale.

Pendant plus de sept heures réparties sur trois jours, Elon Musk a pris place à la barre devant un tribunal californien à Oakland pour témoigner contre OpenAI, la société qu’il a contribué à fonder en 2015, et contre son directeur général Sam Altman.

Au cœur du litige : la transformation du leader de l’IA, créé comme organisme à but non lucratif, en une structure commerciale accueillant des investisseurs privés. Une évolution que le patron de Tesla et SpaceX décrit comme une trahison.

Musk affirme en effet avoir versé 38 millions de dollars à l’organisation, en plus d’un soutien personnel déterminant, sur la foi d’une promesse explicite selon laquelle la structure resterait dédiée au développement sûr et éthique de l’intelligence artificielle, loin des logiques de profit.

« Il s’agissait spécifiquement d’une organisation caritative qui ne profite à aucun individu. J’aurais pu la créer comme une entreprise à but lucratif et j’ai délibérément choisi de ne pas le faire », a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par Reuters.

La paternité intellectuelle et organisationnelle d’OpenAI

« Il n’y a rien de mal à avoir une organisation à but lucratif. On ne peut simplement pas voler une œuvre de bienfaisance« , a fustigé Musk, qui a tenu à rappeler, au fil de son témoignage, l’étendue de sa contribution initiale à OpenAI.

Il assure être à l’origine même de l’idée du projet, avoir choisi le nom, recruté les premiers talents et apporté l’essentiel du financement de départ.

Parmi ses actions jugées décisives, il cite le recrutement d’Ilya Sutskever, alors chercheur de premier plan chez Google, ainsi que l’activation de ses réseaux auprès de Microsoft et Nvidia pour obtenir la puissance de calcul indispensable au développement de grands modèles d’IA.

Cette rhétorique de fondateur lésé se heurte toutefois à un argument soulevé par la défense : les termes « charité » ou « bienfaisance » n’apparaissent nulle part dans le billet de blog publié en 2015 pour annoncer la création d’OpenAI.

Les contradictions d’un témoignage

William Savitt, l’avocat représentant OpenAI, Altman et les autres défendeurs, a également interrogé Musk sur un document contractuel qu’Altman lui avait envoyé, décrivant la transition vers un modèle hybride, combinant structure lucrative et entité non profit.

« Mon témoignage est que je n’ai pas lu les détails, seulement le titre« , a répondu le milliardaire, offrant du grain à moudre à la partie adverse. Dans le même temps, celui qui alerte sur les risques d’extinction liés à l’IA dirige xAI, une entreprise d’intelligence artificielle à but lucratif.

Une contradiction que Savitt n’a pas manqué de relever, au point de conduire Musk à l’accuser de poser des questions « conçues pour [le] piéger ». La suite du procès sera scrutée avec la même attention, alors que Sam Altman doit, à son tour, prendre prochainement la barre pour livrer sa version des faits.

Musk, lui, réclame 150 milliards de dollars de dommages et intérêts à OpenAI et à Microsoft, l’un de ses principaux investisseurs, avec l’intention de reverser les sommes obtenues à la branche caritative d’OpenAI. Il demande en outre que l’organisation redevienne un organisme strictement à but non lucratif et qu’Altman soit démis de ses fonctions de directeur général, tout comme Greg Brockman de ses responsabilités de président.

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