De nombreux acteurs alertent sur le risque d’insoutenabilité à très court terme des droits de douane instaurés par l’administration Trump pour le secteur.
« Les tarifs sont trop élevés pour certaines de ces marques ». Le 18 février, lors d’un échange avec les investisseurs sur les résultats de son groupe, Jeff Dyke, président de Sonic Automotive – l’un des plus grands réseaux de concessionnaires automobiles cotés aux États-Unis – a mis en lumière une réalité longtemps passée sous silence : le poids écrasant des droits de douane pour l’ensemble de la filière.
Le constat est avant tout comptable, touchant toutes les étapes de la chaîne de valeur, des géants japonais aux constructeurs américains. Face à des milliards de dollars de surcoûts liés aux mesures instaurées par Washington, les fabricants n’ont que deux options : répercuter la facture sur le consommateur final en augmentant les prix, ou la réduire en supprimant des équipements et des finitions sur leurs véhicules.
« Les prix vont augmenter, c’est inévitable. Les constructeurs ne peuvent pas se permettre de perdre des milliards indéfiniment », tranche Dyke.
Toyota, symbole d’une industrie saignée à blanc
Pour saisir l’ampleur de la crise, le cas de Toyota est particulièrement révélateur. Le géant japonais, numéro un mondial, avait bouclé une excellente année 2025 sur le marché américain. Ses ventes y ont progressé de 8 %, atteignant leur plus haut niveau depuis 2017, tandis que sa marque de luxe Lexus battait des records.
À l’échelle mondiale, les indicateurs restaient au vert. Mais neuf mois après le début de l’exercice fiscal 2026, le choc des tarifs douaniers américains se fait sentir de plein fouet, avec 1 200 milliards de yens de coûts supplémentaires, soit près de 8 milliards de dollars.
Résultat : les bénéfices du groupe ont chuté de 25 %. Toyota, qui visait des marges supérieures à 10 %, doit désormais se contenter d’un objectif de 7,6 %.
La situation se complique encore du fait de la répartition de sa production. Près de la moitié des véhicules vendus aux États-Unis sortent bien de ses onze usines locales. Mais plusieurs modèles populaires et fortement rentables sont assemblés à l’étranger.
Pas de répit venu de la Cour suprême
La quasi-totalité des Lexus, hormis un seul crossover, est produite au Japon et soumise à un droit de douane de 15 %. De plus, le pick-up Tacoma, modèle intermédiaire le plus vendu du pays, est assemblé au Mexique.
Or, selon les règles commerciales actuelles, tout véhicule fabriqué au Canada ou au Mexique contenant des pièces étrangères est frappé d’une taxe de 25 %. Une charge considérable pour un modèle écoulé à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires par an.
« Le problème de l’accessibilité, même s’il est resté contenu en 2025, va devenir évident à partir de mai ou juin, lorsque les prix des voitures neuves grimperont inévitablement », avertit encore Jeff Dyke. Le secteur ne peut d’ailleurs pas compter sur un geste de la Cour suprême américaine, qui a certes récemment invalidé certains tarifs décidés sous Trump, mais sans effet pour les constructeurs automobiles.
« Nous attendons avec impatience une renégociation de l’accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC) qui renforcera la compétitivité nord-américaine et offrira une plus grande stabilité pour le secteur », plaide Toyota, dans une déclaration envoyée à CNBC.
