États-Unis : Live Nation rattrapée par la justice

Le géant du divertissement en direct est reconnue coupable de pratiques monopolistiques illégales par un tribunal américain. De quoi ouvrir la voie à son potentiel démantèlement.

Live Nation a illégalement surfacturé des millions d’acheteurs de billets de concert. C’est le verdict rendu mercredi 15 avril par un jury fédéral à New York, après quatre jours de délibérations consécutifs à cinq semaines de procès.

Une coalition d’États américains reprochait à la société de Beverly Hills en Californie, considérée à la fois comme le principal organisateur mondial de concerts et le leader incontesté de la billetterie, d’abuser de sa position dominante. Selon l’accusation, elle contraignait les promoteurs à recourir exclusivement à Ticketmaster, sa filiale dédiée à la vente de billets pour spectacles.

« C’est une grande victoire pour l’accessibilité des concerts et une énorme occasion manquée pour le département de la Justice, qui a conclu un accord au rabais », estime Roger Alford, ancien haut responsable du ministère, interrogé par le Wall Street Journal (WSJ).

Un procès porté par les États face au retrait fédéral

Ce verdict intervient dans un contexte de désengagement du gouvernement américain. Le mois dernier, le Département de la Justice (DOJ) avait en effet conclu un accord de 280 millions de dollars avec Live Nation, prévoyant notamment un plafonnement des frais de service à 15% et la cession de plusieurs amphithéâtres appartenant au groupe.

Mais plus de trente États — dont la Californie, New York et le Texas — ont rejeté ce compromis, préférant soumettre l’affaire à un jury populaire. Un pari risqué, mais finalement payant.

Représentés par le célèbre avocat antitrust Jeffrey Kessler, les procureurs des États ont fondé leur argumentation sur des documents internes et des témoignages de dirigeants recueillis à huis clos. Et le contenu de ces échanges s’est révélé particulièrement compromettant pour Live Nation.

Ces dirigeants évoquaient notamment la construction d’une « forteresse protégée » et l’utilisation d’une « pression douce, mais ferme » pour sanctionner les établissements qui refusaient de collaborer exclusivement avec eux.

Le juge face à un choix historique

Le procès a également mis au jour des messages internes où certains employés exprimaient un mépris évident envers les consommateurs, admettant tirer profit de leur position pour leur imposer des frais disproportionnés sur des prestations accessoires.

« Ces gens sont tellement stupides. J’ai presque honte de profiter d’eux », écrivait l’un d’eux, d’après le WSJ. « Quel type d’entreprise utilise ce langage ? Un monopole qui se croit au-dessus de la loi », a rétorqué l’avocat des États lors de sa plaidoirie finale.

Le préjudice estimé par le jury, calculé sur la base d’une expertise économique commandée par les plaignants, s’élève à 1,72 dollar par billet vendu, dans l’attente de la fixation du montant définitif par le tribunal.

Reste à déterminer les mesures concrètes que devra prendre Live Nation pour se conformer à la décision. Les États plaignants pourraient exiger le démantèlement du groupe, voire la cession pure et simple de Ticketmaster. Une telle issue serait sans précédent dans l’industrie du divertissement.

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