Plongée au cœur de la polémique autour de « C’était ça mourir »

Ce roman, coqueluche de la rentrée littéraire, est soupçonné d’être l’œuvre d’une intelligence artificielle. De quoi jeter l’opprobre sur son auteur, Thélyson Orélien, sans preuve irréprochable.

Depuis 48 heures, une polémique fait rage dans le monde littéraire et bien au-delà. Elle concerne « C’était ça mourir », roman écrit par l’auteur canadien d’origine haïtienne Thélyson Orélien, accusé de s’être servi de l’intelligence artificielle.

« Nous avons testé plusieurs passages, à divers endroits du manuscrit, pour presque toujours le même résultat : 100% IA », écrit sur X le compte intitulé « Balance ton Claude », en référence au modèle d’IA d’Anthropic, le lundi 21 septembre.

Les auteurs mettent notamment en avant l’outil de vérification « Pangram », décrit comme étant « de loin le détecteur d’IA le plus fiable », avec un « taux de faux positifs de 0,0041%, soit environ un texte humain sur 24 400 ».

Des accusations qui instillent le doute

« Sur 996 273 textes antérieurs à 2022, Pangram n’en classe que 14, soit 0,0014%, comme étant partiellement écrits par l’IA. La probabilité que vingt passages d’un même livre — et il y a bien plus de 20 signalements dans le roman — soient identifiés à tort par Pangram comme étant produits par une IA s’élève donc à 0,0041% puissance 20, soit 0,1802 × 10⁻⁸⁵ %, c’est-à-dire un 0 suivi de 85 zéros après la virgule », assure Balance ton Claude.

Depuis, la question du recours à l’IA dans le cadre de la rédaction de ce livre en lice pour le Goncourt, entre autres, enflamme les débats sur le web et dans les médias, sans que les accusations puissent elles-mêmes être formellement étayées. En effet, au-delà de Pangram, dont se vantent les accusateurs, les outils de détection ne sont pas infaillibles.

Demander à une intelligence artificielle de reconnaître un texte soi-disant généré par IA relève d’une certaine absurdité. Une sorte d’allégorie du serpent qui se mord la queue. « On ne peut pas prendre ça pour la vérité absolue, et les créateurs de cet outil eux-mêmes le disent. C’est un indice de probabilité. Ce n’est pas un verdict définitif », explique Chloé Sondervost, conseillère éditoriale en intelligence artificielle, au micro de Radio-Canada.

Un enjeu réputationnel immense

Elle affirme avoir été témoin d’une erreur dans un cas sur deux, lors d’un test de détection effectué avec Pangram. Surtout, le compte Balance ton Claude, qui n’existait pas avant juin 2026, ne suivait que Pangram au moment de l’éclatement de cette affaire, avec à peine 5 000 abonnés à son actif.

De quoi interroger les réelles motivations des auteurs anonymes qui se présentent auprès de France Culture comme « inquiets de voir la bouillie-IA envahir nos écrans et maintenant nos livres ».

« Je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine. Je ne suis pas triste, mais en colère. Je suis en train de constituer un dossier avec mes éditeurs en France et au Québec pour prouver ce que je dis », affirme de son côté Thélyson Orélien dans les colonnes de Libération. Pas sûr cependant que sa réputation y survive.

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