La disparition de Kavinsky offre l’occasion de revenir sur ce qui demeure l’un de ses titres les plus emblématiques. Un succès qui, à l’origine, était loin d’être acquis.
Un morceau de musique peut-il, à lui seul, constituer une fortune ? La disparition du DJ français Vincent Belorget, connu sous le nom de Kavinsky, retrouvé mort le 29 juillet dans son appartement parisien, relance cette interrogation.
Selon des éléments avancés par Le Revenu Media sur le parcours de sa carrière, l’artiste laisse derrière lui, avec Night Call, un titre capable de générer des revenus sur plusieurs décennies, quinze ans après sa sortie, avec des centaines de millions d’écoutes et potentiellement plusieurs millions d’euros accumulés.
L’histoire, telle que racontée par Télérama, est pourtant loin d’être linéaire. L’idée naît dès 2006 dans l’esprit de Kavinsky, mais le morceau ne se construit pas en solitaire.
Autour du musicien gravitent plusieurs figures majeures de la scène électronique française. Guy-Manuel de Homem-Christo, des Daft Punk, participe à la composition, Sébastien à la production, tandis que Sébastien Tellier apporte des éléments d’arrangement.
Une genèse à contre-courant de la French Touch triomphante
À cette équipe s’ajoute la voix de la chanteuse brésilienne Lovefoxxx. Sur le papier, la réunion de ces figures emblématiques de la French Touch laisse présager un succès rapide.
Mais rien ne se déroule comme attendu. Le morceau arrive en décalage avec son époque. Le milieu des années 2000 et le début des années 2010 sont dominés par une esthétique maximaliste, faite de morceaux rythmés et de productions énergiques. À rebours de cette tendance, Kavinsky propose une composition lente, presque mélancolique, à l’opposé des standards du moment.
« On a fait ce morceau, je suis avec la moitié des Daft Punk et on vend 2 000 disques. On se dit : mais qu’est-ce que c’est que ce four ? », se souvient le DJ, cité par François Moreau, journaliste aux Inrockuptibles, qui a interviewé l’artiste à plusieurs reprises.
Night Call passe ainsi sous les radars pendant plusieurs années. Le titre circule discrètement sans rencontrer son public. Le basculement intervient grâce au cinéma, lorsque Nicolas Winding Refn choisit le morceau pour l’ouverture de son film Drive en 2011.
Drive, puis les Jeux olympiques : la résurgence par l’image
L’intégralité du titre accompagne le générique d’ouverture, et l’univers visuel du réalisateur entre en parfaite résonance avec celui de Kavinsky, selon Télérama. Le film révèle Ryan Gosling au grand public et rencontre un large succès critique et commercial.
Dans son sillage, la chanson grimpe dans les classements, obtient un disque de diamant et incite le DJ à sortir son premier album, Outrun, en 2013. Onze ans plus tard, le morceau connaît un regain d’intérêt inattendu grâce à une version réarrangée diffusée lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris 2024.
Cette performance propulse Night Call parmi les titres les plus identifiés via Shazam, tandis que le morceau cumule aujourd’hui des dizaines de millions d’écoutes supplémentaires sur les plateformes. La version originale dépasse désormais les 560 millions de streams sur Spotify.
En se fondant sur les estimations courantes du marché du streaming — de l’ordre de quelques milliers d’euros par million d’écoutes — ce volume représente potentiellement plusieurs millions d’euros de revenus bruts pour ce seul titre, rien que sur cette plateforme.
