Face à Nvidia, Cerebras mise sur la plus grosse puce jamais fabriquée

La start-up californienne a fait un retour remarqué à Wall Street à la mi-mai, à travers une opération qui traduit, selon les analystes, le besoin de diversifier les processeurs, alors que l’industrie de l’IA se livre une concurrence intense autour de ces composants.

Cette fois, c’est la bonne. Deux ans après une première tentative avortée, Cerebras Systems est finalement entrée en Bourse le jeudi 14 mai. Et l’opération s’est révélée particulièrement réussie.

Avec une capitalisation avoisinant les 100 milliards de dollars dès sa première séance, la société californienne rejoint un cercle très restreint d’entreprises ayant franchi ce seuil symbolique dès leur introduction, aux côtés de groupes comme Facebook ou Alibaba.

Au-delà de la performance financière, cela constitue, selon CNBC, un signal fort de la demande croissante pour des alternatives aux processeurs graphiques (GPU) de Nvidia, longtemps dominants dans le domaine de l’intelligence artificielle.

« Pour notre produit d’inférence rapide, la demande est tellement forte que notre plus grand défi est en réalité d’assurer l’approvisionnement. Nous augmentons nos capacités de fabrication et de centres de données autant que possible, et nous sommes encore en rupture de stock jusqu’en 2027 », confie ainsi Bob Komin, directeur financier, interrogé par CNBC.

Une puce géante pour concurrencer Nvidia

La spécificité de Cerebras repose sur une approche technique radicalement différente. Là où les GPU traditionnels privilégient le calcul parallèle généraliste — essentiel pour l’entraînement des grands modèles —, l’entreprise a conçu ce qu’elle présente comme la plus grande puce jamais produite, de la taille d’une assiette.

« Les grandes puces traitent davantage d’informations en moins de temps et livrent les résultats plus rapidement », résume Andrew Feldman, PDG et cofondateur du groupe, dans les colonnes de CNBC.

Avec l’essor de l’intelligence artificielle dite « agentique », la phase d’inférence — c’est-à-dire l’exploitation des modèles déjà entraînés — prend désormais une place centrale. Cette étape peut s’appuyer sur des composants moins généralistes, mais optimisés pour des tâches spécifiques.

Une demande supérieure à l’offre

Ces circuits spécialisés, appelés ASIC (application-specific integrated circuits), constituent précisément le segment sur lequel Cerebras s’est positionnée. L’entreprise a choisi de ne pas vendre directement ses puces, mais de proposer une offre de cloud opérée depuis ses propres centres de données, en concurrence avec Google, Microsoft, Oracle ou encore CoreWeave.

Les partenariats conclus témoignent de cet engouement. Fondée en 2016, la société a signé en janvier un accord cloud d’une valeur de 20 milliards de dollars avec OpenAI. Amazon Web Services a également annoncé, en mars, l’intégration des puces Cerebras dans ses infrastructures.

Cerebras évolue toutefois dans un environnement très concurrentiel. Les géants du cloud, comme Google et Amazon, développent eux-mêmes leurs propres puces spécialisées, tandis que de nouveaux acteurs viennent régulièrement renforcer la concurrence sur ce segment en pleine expansion.

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