Le géant de Cupertino souhaiterait obtenir le feu vert pour s’approvisionner auprès d’un fournisseur chinois sous sanctions américaines, face à la pénurie mondiale de composants mémoire.
Selon le Financial Times, Apple mènerait depuis plusieurs semaines un lobbying intensif auprès des autorités américaines afin d’obtenir l’autorisation de s’approvisionner en puces mémoire auprès du fabricant chinois Changxin Memory Technologies (CXMT).
Cette initiative s’explique par l’inscription de cette entreprise — présentée comme le principal producteur chinois de mémoire — sur la liste dite 1260H, issue de la section 1260H du National Defense Authorization Act (NDAA) de 2021.
Ce registre recense, selon une mise à jour récente, 188 sociétés chinoises considérées comme liées à l’Armée populaire de libération (APL) ou à l’appareil de défense du pays.
Si cette classification n’entraîne pas directement de sanctions pénales pour les partenaires commerciaux, elle expose néanmoins les entreprises concernées à un risque réputationnel significatif.
Les puces se raréfient
Une société américaine qui maintient des relations avec une entité figurant sur cette liste peut ainsi être perçue comme contribuant indirectement à une menace pour la sécurité nationale, au risque de s’exposer à des critiques publiques, des campagnes de boycott ou une perte de confiance de ses clients et partenaires.
Elle peut également attirer l’attention des autorités de régulation et faire l’objet d’enquêtes ou de mesures préventives. D’après le Financial Times, Apple aurait directement sollicité des responsables au sein du gouvernement américain, notamment au Département du Commerce, afin de plaider pour le retrait de CXMT de cette liste.
Cette démarche intervient dans un contexte de tensions sur le marché mondial de la mémoire, fortement perturbé par l’essor de l’intelligence artificielle. Les accélérateurs dédiés à ces usages requièrent des volumes importants de mémoire à haute bande passante (HBM), un segment sur lequel Samsung, SK Hynix et Micron concentrent désormais leurs efforts en raison de marges plus élevées, au détriment des composants plus classiques destinés aux ordinateurs et smartphones.
Une démarche incertaine
Cette réorientation industrielle a contribué à une hausse récente des prix, qu’Apple affirme ne plus pouvoir absorber. Certains produits ont ainsi vu leurs tarifs augmenter, à l’image du MacBook Neo d’entrée de gamme, passé de 599 à 699 dollars, ou encore de l’iPad Air 128 Go, désormais proposé à 749 dollars contre 599 auparavant.
Toutefois, cette initiative pourrait se heurter à des résistances politiques importantes, dans un contexte de tensions croissantes autour des relations technologiques avec la Chine.
« Le choix d’Apple de s’associer à une entreprise militaire chinoise serait une grave erreur. Aider le Parti communiste chinois à réussir ses projets de domination des chaînes d’approvisionnement critiques rendra notre industrie technologique et notre économie plus dépendantes de la Chine à un moment où nous devons construire des chaînes d’approvisionnement technologiques sûres avec nos alliés », a ainsi déclaré au Financial Times, John Moolenaar, président républicain de la commission de la Chambre sur la Chine.
